Essai Peugeot 408 (2023) – Le chainon manquant

Dihybridisme automobile

Ceci n’est pas un SUV, ni une berline, ni un coupé, ni même une pipe. La Peugeot 408, c’est un gentil Frankenstein automobile. Jugez plutôt : un capot musclé, une posture surélevée, un pare-chocs arrière démesuré, des passages de roues protégés, une ligne de toit fuyante, des jantes au dessin dantesque, ou ce qui ressemble à un délire de designer qui a dû jongler avec les règles – contradictoires ? – dictées par le service marketing. 

La croisée des genres

Monolithe, adj. et n.m. : se dit d’un élément de construction taillé dans un seul bloc de pierre. Monolithe, c’est également le nom des impressionnantes jantes de 20 pouces de la 408. Leur tracé disruptif suscite effectivement de vives réactions dans les bouchons – et les bouches. Et assurément un carnage dans les bureaux de style Peugeot pour les rendre industrialisables. Grandioses ou abominables ? Faux débat, car de toute manière, ces roues de Batmobile sont optionnelles sur les modèles hybrides haut de gamme. Et puis zut, ça me permet d’avoir de belles photos sur Insta. Et puis zut encore, ça me permet aussi de gratter des lignes gratos pour l’article. Bref, prenons du recul sur la 408. A vrai dire, elle suscite autant de questions que ses jantes. Forte en caractère, elle présente des attributs de SUV, de berline et de coupé. La calandre aux picots évolutifs couleur carrosserie ainsi que les – fausses – entrées d’air forment une face avant très agressive. De profil, ce sont les lignes cisaillées qui dominent tandis que l’arrière conclut sur un pare-chocs XXL et des arêtes façon Lamborghini Urus. En fait, c’est une berline surélevée, comme la Citroën C5X. Pourtant, la 408 est du genre inclassable de par ses mensurations. A 4,69 m de long, elle se rapproche de SUV comme le BMW X4 mais sa hauteur de seulement 1,48 m est digne de berlines comme la Volkswagen Arteon. Et sa garde au sol ? 19 cm, comme un SUV finalement. Hmm…    

« Une 308 version XXL dedans »

Matériaux de qualité, assemblages rigoureux, dessin moderne, i-Cockpit 3D original, sièges massants exquis (mention spéciale au programme de massage « patte de chat »)… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes à bord, jusqu’à ce que le regard se dirige fatalement vers les i-Toggles qui, secrètement, fermentent le doux projet d’un suicide collectif sponsorisé par les ergonomes de Peugeot : « Tiens, on va regrouper la radio, la ventilation, la navigation, le téléphone et les aides à la conduite sur l’écran tactile car c’est vachement plus pratique que des boutons physiques ». [Spoiler : non]. D’ailleurs, quitte à faire le relou, autant continuer ! Les matériaux de qualité, il y en a effectivement à l’avant mais à l’arrière, on retrouve du plastique dur sur les contreportes. Carton rouge pour la 408 qui s’annonce comme le nouveau haut de gamme de la marque. Le ciel de toit noir et les faibles surfaces vitrées auront aussi de quoi angoisser les claustrophobes. Pour le reste, notre berline-coupé-SUV est plutôt agréable à vivre avec un espace aux jambes assez impressionnant et une garde au toit correcte malgré sa ligne de coupé. Le volume de coffre est également à l’avenant avec 471 l en HYBRID et 536 l en PureTech. Attention tout de même au pare-chocs assez protubérant et surtout à la hauteur d’ouverture du hayon qui est un peu limite pour les grands gabarits.

De grandes ambitions mais de petites jambes

Si son prix peut heurter – nous le verrons plus tard, la 408 confirme son statut haut de gamme par sa liste d’équipements bien fournie. Les sièges et le volant chauffants demeurent bien agréables en hiver. Pour les mélomanes, la sonorisation Focal à 10 haut-parleurs produit un son puissant et clair. Toujours aussi impressionnants, les feux Matrix LED permettent de rouler constamment en plein phares sans éblouir les autres. Plus étonnant encore, la vision de nuit, capable de détecter piétons et animaux est – presque – digne de celle des meilleurs avions de chasse. Bref, on a vraiment envie de tailler la route à bord de la 408. Malheureusement, son réservoir plafonne à 40 l, ce qui apparaît vraiment tout riquiqui pour un véhicule de cet acabit. Peut-on du coup compter sur ses encombrantes batteries ? Non plus ! Homologuée à 62 km d’autonomie WLTP, notre voiture n’a en réalité jamais dépassé 34 km sans brûler une goutte de sans-plomb malgré un pied – très – léger. On se demande même si Peugeot n’a pas monté par erreur ses batteries d’ancienne génération sur ses 408… Effet boule de neige, la consommation n’est donc pas aussi basse qu’attendu avec une moyenne de 6,2l/100 km. Dommage.

Passé ces étonnements techniques, l’auto montre heureusement un visage un peu meilleur sur route. L’amortissement est de bonne facture même si les jantes de 20 pouces peuvent cogner sur chaussée dégradée. Contrairement à la vénérable 508, aucune suspension pilotée n’est en effet disponible sur la 408 pour améliorer les choses. Et si les bruits aérodynamiques sont bien calfeutrés grâce au vitrage feuilleté, les bruits de roulement, eux, peuvent remonter assez fréquemment dans l’habitacle. Dans les conditions hivernales de notre essai, le réveil du 1.6 l entraîne aussi un soubresaut loin de caresser les oreilles. Pour le faire taire, il suffit de ralentir. On remarque alors une pédale de frein assez peu consistante typique des modèles hybrides et électriques. Côté transmission, la boîte EAT8 fait preuve de douceur mais peut occasionnellement générer quelques à-coups. En mode Sport, elle demeure toujours aussi caricaturale en restant exagérément haut dans les tours. Inutile d’y avoir recours pour profiter du châssis de la 408. S’il est équilibré et sûr avec une direction légère et agréable, il n’incite pas à une conduite enjouée à cause d’un roulis bel et bien présent. 

L’originalité se paie au prix fort

Comme dit en préambule, la 408 inaugure un segment inédit mélangeant habilement la berline, le coupé et le SUV. Cette audace a néanmoins un prix puisque la Française débute à 37 350 € avec le PureTech 130 et la finition Allure. Notre modèle HYBRID 225 en finition GT agrémenté de quelques options transperce sévèrement l’enveloppe budgétaire avec un tarif pointant à 56 000 €. Malgré ses dimensions supérieures et un design déroutant, la Citroën C5X HYBRID 225 Shine Pack (225 ch, 55 200 €) est une bonne concurrente avec un confort bien meilleur et un rapport prix/équipement plus favorable. La Volkswagen Arteon eHybrid R-Line (218 ch, 58 290 €) se veut encore plus habitable mais demeure moins originale que la Peugeot. Encore plus discrète et rationnelle, l’excellente Škoda Superb iV Sportline (218 ch, 54 210 €) est une hôte de choix pour qui recherche de l’espace. Si ces trois voitures sont plus pragmatiques que la 408, elles n’ont certainement pas son aura qui réussit à faire tourner les têtes à chaque coin de rue.

A la revoyure !

On aime

  • Personnalité affirmée
  • Compromis confort/tenue de route
  • Habitabilité généreuse

On regrette

  • Prix vraiment élevés
  • Autonomie électrique très décevante
  • Capacité du réservoir limitée sur les modèles hybrides  

Verdict : 14/20 – Bien

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